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VIEILLE GARDE

VIEILLE GARDE

Nouveau lanceur d'alerte. « À force de tout voir l’on finit par tout supporter… À force de tout supporter l’on finit par tout tolérer… À force de tout tolérer l’on finit par tout accepter… À force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! » (Saint Augustin). Et à force de tout approuver, l'on finit, hélas, par CAPITULER...(J.P.Drouin)


Lettre ouverte à un enseignant courageux...

Publié par on aura tout vu et entendu sur 22 Janvier 2010, 16:28pm

Catégories : #Réflexions

Lettre à David Barbaud

Professeur d’histoire-géographie, en réponse à un mail reçu ce jour.

Tout d’abord, je tiens à vous faire savoir que j’ai signé votre pétition avec un réel plaisir. Tout comme je me réjouis de voir qu’il y a tout de même des enseignants vertueux. Mais il y a certains points dont  je voudrais vous faire part, à savoir : 

Dans les années 50, ce n’est pas si vieux, l’entrée en 6ième se faisait par examen, comme vous le souhaitez à nouveau. Sauf, que nous étions nombreux à l’époque à passer d’office dans cette classe dans la mesure où les notes obtenues au cours de cette dernière année du primaire qui ne s’appelait pas encore CM2, étaient bien au dessus de la moyenne. A cette époque que beaucoup de grands-parents regrettent, j’en suis sûr, à l’entrée en 6ième nous maitrisions parfaitement l’orthographe, les maths, la lecture et surtout nous comprenions ce que nous lisions. Seulement vos  vertueux syndicats appuyés par des politiques laxistes ont tellement changé la donne qu’aujourd’hui, 20% d’élèves du primaire entrent au collège sans rien maitriser du tout. Pourquoi cet examen a-t-il été supprimé ?

Les filières professionnelles existaient aussi « il y a bien longtemps ». Seulement pendant de trop nombreuses années et encore à l’heure actuelle, le corps enseignant a ancré dans la tête des élèves que « le travail surtout manuel était dégradant » à telle enseigne que 73% des jeunes ne jurent que de faire carrière dans les administrations ? Voilà encore un triste constat.

Le surveillant général aussi existait de mon temps et croyez-moi, nous n’avions pas intérêt à dévier de la ligne. Tout ce que vous souhaitez, n’est ni plus ni moins ce qui a, hélas disparu de la sphère éducative.

Il faut cesser de faire croire que la difficulté vient de ce que la mixité, ou la diversité, comme vous voudrez, est responsable des résultats catastrophiques d’aujourd’hui. J’en veux pour preuve, ma propre expérience passée sur les bancs du primaire comme du secondaire, assis à côté de petits Algériens qui travaillaient autant sinon mieux que nous dans le respect le calme et la discipline. Qu’est devenu tout cela ? La responsabilité en incombe aux politiques et aux syndicats qui s’obstinent à vouloir que la seule bonne méthode, politiquement correcte, est celle du nivellement par le bas.

Pas plus tard que cette semaine, 200 de vos collègues se sont « mutinés » en s’exonérant de faire passer les tests d’évaluation des élèves de CM2, pourquoi ? Si ce n’est la peur des résultats de leurs élèves. Pourquoi ce nivellement par le bas ou l’on s’aperçoit année après année que le niveau du bac diminue si ce n’est pour en faire bénéficier au plus grand nombre ?

C’est très bien d’essayer de faire prendre conscience aux parents de ce qui se passe dans votre corporation. Mais ne croyez-vous pas qu’il faudrait vous en prendre à vos propres syndicats irresponsables qui prônent toujours plus de moyens en rejetant toute réforme ?

Pourquoi, par exemple, faut-il autant de temps avant qu’un enseignant soit remplacé alors même que les contingents existent ? Simplement parce que dans ce pays la mobilité est un mot tabou. Un Américain traversera son pays d’ouest en est pour trouver un travail ou accepter d’être déplacé. Dans notre pays, je suis au regret de vous dire qu’un Français ne fait pas 10km pour les mêmes raisons.

Vous voudriez plus de considération et plus de moyens matériels et on vous comprend. Mais alors acceptez les réformes nécessaires à cette usine à gaz qu’est l’Education Nationale et vos salaires seront revus, j’en suis persuadé, à la hausse.

Les Absurdités du système, comme vous dites, le non respect des élèves à votre encontre, le désastre de l’enseignement, tout cela découle en très grande partie de mai 68. Vous avez voulu qu’il soit interdit d’interdire. Il faut en accepter les conséquences et vous en prendre à vous-même puisque vous avez donné le bâton à vos élèves pour vous faire bastonner. Et là, les politiques de tous bords sont autant responsables que les syndicats.

Pourquoi dans les écoles, collèges et lycées privés la violence et le désordre sont l’exception ? Pourquoi dans le privé l’absentéisme et les grèves sont « exceptionnels », voir inexistants. En répondant à ces questions vous résoudrez peut-être les problèmes liés à « l’école de Jules Ferry », qui doit bien souvent se retourner dans sa tombe.

Quant-à l’enseignement dispensé aujourd’hui, interrogez-vous de savoir pourquoi de plus en plus de parents enlèvent leur progéniture du public pour les mettre dans le privé quand bien même ils n’en ont pas les moyens. Ce n’est pas par plaisir parce que beaucoup font un sacrifice énorme pour donner une éducation convenable à leurs enfants. Enfants qui d’ailleurs ont bien du mal, hélas, à suivre ou rattraper le retard acquis dans le public. C’est cela , malheureusement, la triste réalité. Et c’est cette méthode de transmission du savoir au rabais qui fait qu’au lieu de réduire les inégalités, vous êtes en train de les accentuer.

N’allez surtout pas croire que ces griefs vous sont adressés personnellement. Non car on aimerait au contraire que vous soyez la majorité à penser et à aimer comme vous le faites ce merveilleux métier aujourd’hui galvaudé parce que beaucoup d’enseignants ne font plus carrière par vocation mais par intérêt.

Pour preuve de ma considération, je livre in extenso votre lettre qui j’espère sera lue avec l'attention qui a été la mienne .

 

Voici le texte de David Barbaud :

 

Pour qu'enseigner, redevienne un plaisir...



Le 21 janvier 2010

Cher collègue,
Les dirigeants des syndicats FSU, UNSA Éducation, FERC-CGT, SGEN-CFDT et FAEN ont souhaité nous mobiliser aujourd'hui contre les suppressions de postes et pour des revalorisations de traitement.
Je leur suis personnellement très reconnaissant de se préoccuper ainsi de ma situation économique et matérielle.
Cependant, je suis confronté au quotidien dans mon travail de professeur à des difficultés bien plus graves encore, qui compromettent l'avenir de mes élèves, et remettent en cause le sens même de ma mission, en particulier :

- l'extrême hétérogénéité des classes, qui finit par nuire à tous les élèves ;

- l'absence de contrôle du niveau des élèves qui m'arrivent, dont certains n'ont absolument pas les bases nécessaires pour suivre le programme ;

- les problèmes de discipline et de violence, ainsi que les réticences fréquentes de la hiérarchie à prendre ses responsabilités ;

- la présence de certains élèves qui ne veulent pas être là, qui nous méprisent, et dont les parents n'assurent pas le strict minimum indispensable de l'éducation à la maison.


Certains collègues – j'en connais personnellement – se demandent même tous les jours si certains de leurs élèves n'ont pas DES BALLES DE REVOLVER DANS LEUR CARTABLE.
C'est donc sur ces sujets que j'aimerais que les syndicats organisent des protestations, qui pourraient mobiliser à nos côtés des millions de parents conscients de l'importance de l'éducation des enfants.
Et c'est d'après moi le seul moyen pour qu'enseigner redevienne un plaisir.
Et si vous partagez mon point de vue, je vous demande de signer la pétition ci-jointe adressée aux dirigeants des syndicats qui négocient avec les pouvoirs publics en notre nom.
Bien souvent, leurs revendications portent sur le « manque de moyens ».
Et c'est vrai : qui n'a pas envie de gagner quelques centaines d'euros de plus ? Qui ne préférerait pas avoir des classes moins nombreuses, plus d'encadrement, plus de remplaçants ?
Mais à force d'insister sur les questions financières, l'opinion publique a pu finir par croire que les professeurs étaient plus préoccupés par cela que par le bien des élèves. Un comble !!
D'autant plus que le gouvernement joue au maximum sur cette division. Il a beau jeu, alors, d'invoquer la « responsabilité financière » et les « impératifs budgétaires » pour nous renvoyer à la niche...  et ne rien faire contre les absurdités du système !
Ce que je vous propose aujourd'hui, c'est de sortir de cette spirale et d'adopter une attitude responsable et positive vis-à-vis des problèmes – bien réels – de l'Éducation nationale.
C'est pourquoi je vous lance cet appel, et si vous le relayez à tous vos contacts, il déclenchera enfin une prise de conscience chez les dirigeants syndicaux. Puisqu'ils sont dans toutes les commissions paritaires de l'Éducation nationale, pourquoi ne pourraient-ils pas lancer dès aujourd'hui une réflexion autour des moyens de :

- restaurer le prestige et l'autorité des professeurs, notamment en leur rendant le dernier mot sur les redoublements, le pouvoir d'exclure les élèves de leurs cours sans avoir à se justifier, et un pouvoir décisif lors des exclusions définitives ?

- rétablir de vrais surveillants professionnels dans chaque établissement, pour surveiller les élèves entre les cours et s'assurer que les colles et punitions données par les professeurs soient effectuées ?

- créer, comme en Finlande, un examen d'entrée en sixième, avec des filières professionnelles et techniques d'excellence pour les enfants qui ne sont pas faits pour les matières abstraites ?

- supprimer le principe du « droit à l'éducation gratuit et sans condition », qui a créé une irresponsabilité maximale chez beaucoup de parents et d'enfants, qui ont oublié que l'école est une chance, et que les professeurs ne sont pas leurs valets ?

- supprimer l'objectif des 80 % d'une classe d'âge au bac pour arrêter de gaspiller à grande échelle le talent des élèves qui veulent faire autre chose ?

- exiger pour les professeurs la liberté de choisir l'établissement dans lequel ils souhaitent enseigner, afin qu'ils puissent travailler avec un chef d'établissement et des collègues qui partagent leur vision de l'éducation et qu'une cohérence existe dans le parcours des élèves ?

Franchement, je crois que la gravité de la situation justifie que chacun accepte – au moins – de prendre quelques secondes pour appeler nos dirigeants syndicaux au changement.

Surtout, je vous demande de transmettre ce message à tous les collègues concernés, et d'insister auprès d'eux pourqu'ils signent eux-aussi. Car je n'ose même pas imaginer à quoi ressembleront nos écoles dans cinq ou dix ans si nous continuons à laisser les manifestations s'organiser uniquement sur les mots d'ordre habituels.
Alors merci de participer (cela ne vous prendra que quelques secondes) et de motiver votre entourage à y participer aussi et porter nos vrais problèmes sur la table des négociations. Pour participer, cliquez ici.
Si vous êtes parent ou grand-parent, cette pétition vous concerne aussi : vous pouvez mobiliser les professeurs de vos enfants.
Sans cela, rien de sérieux et de porteur d'espoir pour l'éducation dans notre pays n'est possible.
Un grand merci d'avance, signez ici


David Barbaud
Professeur d'histoire-géographie

 

 

 

 

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